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NE TRÉBUCHEZ PAS SUR LE FIL

Avec Marie-Michelle Deschamps, Éléonore False, Emmanuelle Lainé

Exposition 21 — 26 octobre 2014
Dans le cadre d’une carte blanche à Triangle France au sein du parcours hors les murs de la YIA Art Fair 2014.

Mardi : Pré-ouverture : 17h - 20h
Mercredi – Samedi : 12h - 20h
Dimanche : 10h - 17h

Apéritif et concert :
Vendredi 24 de 18h - 21h30, avec LA SOCIÉTÉ ÉTRANGE.
« Ils forment la société étrange à deux. C’est une société réduite et occasionnelle pleine d’eau et d’électricité, une musique en continue, à différents régimes d’intensité, où le vide et le plein se confondent. Pour eux, le concert, c’est “la grande réunion”, un groupe social se forme, concentré sur l’expérience sonore ; un groupe sonore réunit par l’expérience sociale. Au choix la société ! »

Bastille Design Center
74 boulevard Richard Lenoir, 75011 Paris
Métro : Richard Lenoir ou Saint-Ambroise

Informations :
contact@trianglefrance.org
+33 4 95 04 96 11
Visites privées :
support@trianglefrance.org

Dans le cadre de son programme d’expositions hors les murs, Triangle France a le plaisir de présenter « Ne trébuchez pas sur le fil », une exposition rassemblant Marie-Michelle Deschamps (CA), Éléonore False (FR) et Emmanuelle Lainé (FR) autour d’œuvres réalisées spécialement pour l’occasion ou présentées pour la première fois à Paris.

L’exposition emprunte son titre à la figure mythique de Louis Wolfson, schizophrène New Yorkais dont l’ouvrage « Le Schizo et les langues » fut publié par Gallimard en 1970. Dans cet ouvrage autobiographique écrit à la troisième personne, Louis Wolfson raconte comment, pour échapper à sa langue maternelle, il a mis au point un procédé linguistique ultra sophistiqué lui permettant de convertir le plus vite possible l’anglais en une autre langue, faite de mots français, allemands, hébreux ou russes, équivalents du point de vue du sens et de la sonorité. Il destine son ouvrage à un lectorat qui ne cesserait de questionner ce qu’il en est de l’accession au savoir, quitte, comme il le dit, à accepter l’intensité de l’effort intellectuel et physique pour continuer à vivre et à agir, rester sensé et lucide.

La question de la connaissance, des outils du savoir, de l’équilibre, des altérations de sens et d’espace sont au centre de cette exposition. Lors de sa résidence à Triangle France au printemps 2014, Marie-Michelle Deschamps a développé une série de travaux montrés pour la première fois à Collective Gallery à Edinbourgh pendant l’été 2014. Le procédé est complexe : elle a retrouvé Louis Wolfson, aujourd’hui millionnaire et résidant à Puerto Rico (il avait également une addiction aux jeux), avec qui elle a initié une relation épistolaire qui a ensuite fait l’objet d’une traduction, approximative, écrite par l’artiste au plus près du système que Wolfson décrit dans son ouvrage. Ce texte, considéré comme une série de sonorités, a ensuite été traduit à nouveau par l’artiste en une partition libre, interprétée tour à tour par un musicien et une chanteuse. Il en résulte l’œuvre sonore «Don’t Trip over the Wire» qui emplit l’espace du Bastille Design Center, ancienne quincaillerie du XIXe siècle elle même remplie d’histoire.

« Don’t trip over the Wire ! », signifiant « Ne trébuche pas sur le fil », est une des phrases que criait souvent la mère de Louis Wolfson à son fils. Une phrase qui lui écorchait les oreilles tant il la détestait elle et sa langue. Une langue qu’il faut couper, remodeler, dépecer, pour en protéger son corps et son esprit. Lui faire devenir autre chose. Il s’agit donc de marcher, guidé par le son, et de trébucher, peut-être, sur un fil, sur une coupure, de basculer vers un autre langage, un autre espace.

Les mains en céramique d’Éléonore False évoquent ce mouvement et le toucher. Comme chez Emmanuelle Lainé, il s’agit de faire l’expérience d’autres modèles de relations à partir d’un vocabulaire existant. Ouvrir les choses, les retourner encore et encore, les fabriquer et les photographier pour, enfin, voir changer les liens qui en articulent les éléments. Pour cela, il faut accepter la mise en danger qu’impliquent toutes les façons de toucher et d’être touché. Il est question de trouble. Pour citer la philosophe féministe Karen Barad évoquée par Emmanuelle Lainé lors d’une conversation récente : « le toucher n’est jamais purement innocent », « tant de choses se passent : une infinité d’autres – autres êtres, autres espaces, autres temps sont stimulés.1» Troubler, toucher, s’impliquer physiquement et intellectuellement, « c’est sentir les différences de l’intérieur et l’enchevêtrement des choses2».

Dans cette exposition, il est aussi beaucoup question de découpes, de pliages, de surfaces et de volumes. Parlons de découpes et de séparations… sachant que l’étymologie du mot dichotomie signifie couper en deux, tout comme « Schizo » se traduit par « esprit coupé ». Il s’agit donc de penser les différences et les coupures, ou comment remettre en question ce que l’on sait tout en gardant les idées à portée de main ? Il faut en mettre l’intérieur vers l’extérieur, les relire en doutant, mettre de travers - queering 3- le sens qu’elles avaient reçues, et redéfinir notre relation à l’autre, non pas dans une séparation, mais dans l’interaction.

1. Karen Barad, The Politics of Materiality edited by Susanne Witzgall (revision of differences article published in 2012 ). Disponible sur http://womenstudies.duke.edu
2. Karen Barad, Interview in Mousse Magazine, Milan, 2012, n°34, pp. 77.
3. Karen Barad. Op. Cit. pp. 80.


Vue d'exposition "Ne Trébuchez pas sur le Fil" 21-26 Octobre 2014 Triangle France au Bastille Design Center, Paris.

Triangle France reçoit le soutien de la Ville Marseille, du Conseil Général des Bouches-du-Rhône, du Conseil Régional de Provence-Alpes-Côtes d'Azur, et de la DRAC Provence-Alpes-Côtes d'Azur.

L'exposition « Ne Trébuchez pas sur le fil » bénéficie du soutien du Bastille Design Center, du Centre Culturel Canadien, Paris, de la YIA Art Fair, de PICTO Méditerranée, des meubles SILVERA et de Grolsch.


Ne Trébuchez pas sur le fil 
© Aurélien Mole